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Entretien avec Dekkers, président de la VA : « La sécurité est la condition de l’avenir des sports de combat »

Il y a cinq ans ce mois-ci, l’Autorité néerlandaise des sports de combat voyait le jour. À l’occasion de ce premier anniversaire quinquennal, son président Herbert Dekkers revient en deux entretiens sur le chemin parcouru et se tourne vers l’avenir. Ce premier volet est consacré à la sécurité. « Les gens oublient parfois à quel point la situation du sport était mauvaise. Je pense que nous pouvons constater que le secteur s’est sauvé lui-même de la disparition. Mais ce sauvetage n’est pas définitif : il faut y travailler chaque jour, et tout le monde doit s’y mettre. »
Il n’y a pas si longtemps, les sports de combat n’attiraient l’attention des médias que lorsqu’un gala avait de nouveau dégénéré. Bagarres, voire fusillades, présence intimidante de bandes de motards et de criminels connus : beaucoup de communes préféraient voir partir les sports de combat qu’arriver. « Le bourgmestre Van der Laan d’Amsterdam en avait assez et voulait interdire définitivement les événements de sports de combat dans la capitale », rappelle Herbert Dekkers, président de la VA depuis sa création. « Une interdiction à Amsterdam aurait sans aucun doute produit un effet boule de neige. Beaucoup de communes auraient suivi. Cela aurait probablement porté le coup fatal aux sports de combat néerlandais. Car que reste-t-il d’un sport quand on ne peut pas organiser de compétitions ? Les milliers de jeunes qui disputent aujourd’hui des combats auraient sans doute choisi un autre sport. Comment la nouvelle génération de sportifs de haut niveau aurait-elle pu atteindre son niveau actuel ? Sans bonne base, on n’est nulle part. Les événements sont le fondement sur lequel repose tout le sport. »
« Heureusement, il y avait ce petit groupe de gens du milieu qui ne voulait pas laisser faire. Ernesto Hoost et Remy Bonjasky, entre autres, sont allés trouver Van der Laan et l’ont convaincu de choisir une autre approche. Il ne fallait pas démolir le secteur, mais le rénover. Ne pas interdire, mais réguler. Et heureusement, ce bourgmestre a eu le cran de dire : d’accord, dites-moi comment, montrez-le-moi. »

Peter Aerts, Ernesto Hoost, Remy Bonjasky, Eberhard van der Laan, Sem Schilt, Rico Verhoeven
Dekkers a un passé dans la police et travaille actuellement au service de l’environnement d’IJmond. Il a croisé la route de dizaines d’élus locaux, ce qui lui permet de bien mesurer à quel point cette décision du bourgmestre était exceptionnelle. « Je pense que neuf élus sur dix auraient dit : débrouillez-vous, j’interdis, parce que si cela tourne encore mal une fois, on me tiendra pour responsable. De ce point de vue, Van der Laan était vraiment un Amsterdamois audacieux. »
Un comité de pilotage a vu le jour, terme administratif pour désigner un groupe de gens qui veulent aller dans la même direction. Des séances de réflexion ont été organisées avec des personnes du milieu prêtes à prendre leurs responsabilités. « Travailler ensemble à l’avenir : cet esprit faisait jusque-là défaut. Treize organisations se disaient fédérations et se considéraient surtout comme des concurrentes. Un désaccord surgissait au sein de l’une d’elles ? Un groupe faisait aussitôt scission et une fédération de plus voyait le jour. Nous voyions des promoteurs se dénigrer, des exploitants de salles se saboter. La coopération était rare, on préférait se contrarier. Allez donc résoudre dans ces conditions les problèmes que l’on a en commun. »
Un changement de culture
Du comité de pilotage est née en 2017 l’Autorité des sports de combat. Soutenue par le ministère des Sports et la confédération NOC*NSF, l’organisation devait, comme régulateur, remettre de l’ordre dans les sports de combat. « La mission était d’œuvrer pour un secteur régulé, sain, sûr et bien organisé. Mais tout dépendrait d’un changement de culture. Avancer ensemble : cette idée plane au-dessus de toutes les mesures que nous avons prises ces dernières années. Après cinq ans, je constate que ce changement de culture est bel et bien en cours. Nous voyons de plus en plus de coopération. Des fédérations qui autrefois se déchiraient s’assoient aujourd’hui autour d’une table pour résoudre des problèmes. En concluant ensemble des accords et en les respectant, elles, mais aussi les promoteurs, les exploitants de salles et les formateurs, ont montré que l’organisation des sports de combat aux Pays-Bas prend la bonne direction. Et c’était absolument nécessaire, vu les dérives. Je pense que le secteur s’est sauvé de justesse de la disparition. »
Les mesures de la VA n’ont pas toujours été très populaires. L’introduction du Fightpassport, les conditions applicables aux événements, une licence de promoteur, les exigences du Label Autorité des sports de combat : cela représente parfois un travail supplémentaire dont tout le monde ne rêve pas. « Nous sommes conscients qu’il n’est pas toujours agréable que nous posions de nouvelles exigences. Mais ce sont des sacrifices qu’il faut consentir ensemble, et il faut surtout garder à l’esprit ce que l’on reçoit en retour. Avant 2017, trop d’événements dégénéraient. Cela tenait très souvent à une mauvaise préparation. Oui, comme promoteur, vous devez aujourd’hui passer par quelques cerceaux, mais regardez les résultats. Lors de la dernière année normale avant la crise du coronavirus, en 2019, nous avons eu 200 événements de sports de combat aux Pays-Bas. Pas une seule fois cela n’a dégénéré. Cela a aussi provoqué un basculement du côté des communes. Là où elles se demandaient autrefois comment tenir un tel gala à distance, il est aujourd’hui souvent accueilli à bras ouverts. Parce qu’elles savent que la sécurité est prise au sérieux. »
Hasselt
Nous avons vu récemment un événement Glory dégénérer en Belgique. Beaucoup craignent que ces émeutes ne fassent reculer les sports de combat. « Je ne veux pas anticiper les enquêtes sur ce qui a pu déraper à Hasselt. En Belgique, les exigences ne sont pas les mêmes qu’aux Pays-Bas, mais le rôle exact que cela a joué est encore en cours d’analyse. Quoi qu’il en soit, cela souligne à quel point il est extrêmement important de continuer tous ensemble à travailler sur la sécurité. »
« Quelle qu’en soit la cause exacte, un tel incident fait fuir le public, les sponsors et les médias. Certains se disent sans doute aujourd’hui : pas question que j’aille à un événement de sports de combat. Ou : mon enfant ferait peut-être mieux de faire du judo plutôt que du kick-boxing. C’est vraiment dommage. Ces désordres nuisent à chaque promoteur et exploitant de salle qui travaille dur aux Pays-Bas. Les communes se grattent la tête quand elles voient cela. Mais nous entendons aussi, du côté des communes et du secteur, que cela montre une fois de plus à quel point il est important de poser des exigences et d’exercer une supervision. »
La responsabilité
Après un tel incident, les regards se tournent surtout vers le promoteur. Qu’a-t-il fait pour éviter le dérapage ? Mais les regards se portent aussi sur les sportifs, qui auraient une responsabilité dans le comportement de leurs partisans. Est-ce justifié ? « Je ne dirai jamais assez que nous avons tous une responsabilité. Et je ne le dis pas à la manière politique, où l’on affirme que tout le monde est responsable pour que personne ne le soit vraiment. Il est réellement vrai que nous avons tous un rôle. Le promoteur doit organiser l’événement en toute sécurité. La commune doit poser les bonnes exigences. Le combattant et la salle doivent prendre leurs responsabilités pour le comportement de leurs partisans. Ils y sont tenus : c’est ce que vous signez comme sportif lorsque vous demandez un Fightpassport. Si vous ne le faites pas, cela peut vous valoir une lourde suspension. Et une salle qui manque à ses devoirs peut perdre son Label Autorité des sports de combat. Elle est alors exclue de la participation aux événements aux Pays-Bas. Mais le public lui-même doit aussi comprendre qu’il est ambassadeur des sports de combat. S’il se comporte bien, les sports de combat sont partout les bienvenus. S’il se comporte mal, il nuit à ses propres idoles, mais aussi à tout le sport. Personne ne peut se contenter d’attendre : continuons donc vraiment tous ensemble à travailler sur la sécurité et donc sur l’avenir des sports de combat. »
Photo ci-dessus : Herbert Dekkers remet le Label Autorité des sports de combat au Challenger Gym d’Urk