« Il s’agit de personnes, mais nous travaillons aussi sur une culture »
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Saskia van Rijswijk, membre du conseil d’administration de l’Autorité des sports de combat, est personne de confiance pour le secteur. Mais qu’est-ce que cela signifie dans la pratique ? « Cela commence toujours par une écoute attentive, mais il faut ensuite passer à l’action. Nous sommes là pour conseiller les gens sur la suite. »
Il y a six ans, l’Autorité néerlandaise des sports de combat organisait pour la première fois une formation de personne de confiance pour le secteur. Cette formation de base du NOC*NSF et du Centre pour un sport sûr était une étape importante vers un secteur plus sûr et plus sain.
Des dizaines de personnes ont depuis été formées. Elles ont pour mission de traiter les signalements de harcèlement sexuel et d’autres comportements abusifs. Elles offrent une oreille attentive et aident ceux qui signalent à franchir les étapes nécessaires. Elles ne sont pas là pour juger ni pour apporter une aide psychologique, mais pour conseiller sur la suite. Cela signifie parfois accompagner quelqu’un dans le dépôt d’une plainte officielle. Le plus souvent, une médiation est plus indiquée. La personne de confiance cherche avec les intéressés une solution sur mesure.
À la VA, c’est Saskia van Rijswijk, membre du conseil d’administration, qui s’est portée volontaire. Compte tenu de son parcours, notamment comme psychologue et ancienne combattante de haut niveau, elle présente un bon profil pour servir de point de contact. Habituellement, dans d’autres sports, il n’est pas d’usage qu’un membre du conseil soit aussi personne de confiance. Mais nos sports sont organisés un peu différemment, et Saskia est justement d’autant plus accessible en raison de son parcours et de la confiance dont elle jouit dans le secteur. La pratique montre que ceux qui signalent la préfèrent souvent à une personne inconnue. Nous revenons avec elle sur cette introduction et sur les premières années de sa fonction de personne de confiance.
Les personnes de confiance ont-elles changé quelque chose dans les sports de combat ?
« Il faut regarder plus large que cette seule fonction. En tant que société, et donc aussi dans le sport, nous sommes engagés dans un changement de culture. Mieux soutenir les victimes, mais aussi accompagner les auteurs afin de réduire le risque de récidive. Sortir certains sujets du tabou.
La VA a rédigé un guide, Lutter contre les comportements abusifs dans les sports de combat, destiné aux communes, fédérations, salles, promoteurs, entraîneurs et bien sûr aux combattants et pratiquants de loisir eux-mêmes. Cela aide à définir et à faire respecter ensemble des normes dans les sports de combat. Je pense qu’il faut surtout adresser un compliment aux exploitants de salles, qui ont élaboré des règlements intérieurs et veillent à ce qu’une personne soit joignable. Ils s’emploient chaque jour à entretenir une culture saine dans les sports de combat.
Les événements sont la vitrine des sports de combat, mais la salle est notre maison. C’est là que commence la sécurité, c’est là que nous transmettons les normes et les valeurs, et c’est là que nous devons être présents les uns pour les autres. Comme personne de confiance, j’espère apporter ma pierre à une culture où cela va de soi. »
Quels types de signalements recevez-vous comme personne de confiance ?
« La plupart des signalements portent sur des comportements abusifs. Pensez à des sportifs qui subissent du harcèlement sexuel à la salle, ou de la discrimination. Mais cela concerne aussi des questions d’intégrité dans le sport, par exemple des soupçons de conflit d’intérêts. Une troisième catégorie porte sur la sécurité dans les salles. Il peut s’agir de parents qui constatent que leur jeune enfant reçoit encore des coups à la tête, alors que nous avons convenu que cela n’est autorisé qu’à partir d’un certain âge. Mais aussi de sportifs qui estiment que le bâtiment dans lequel ils s’entraînent n’est pas assez sûr. »
Quelqu’un vous appelle avec une situation. Que faites-vous ?
« Cela commence toujours par une écoute attentive. De quoi s’agit-il exactement ? La question pour laquelle la personne appelle est-elle vraiment le cœur du problème, ou existe-t-il un problème sous-jacent ? On essaie de le déterminer avec beaucoup de soin. On cherche à parler à toutes les parties concernées, souvent d’abord lors d’un entretien informel. On sonde d’abord la possibilité d’aboutir à une solution sans engager de procédure officielle. On ne le fait pas pour éviter le bruit ni pour protéger les auteurs, mais parce que c’est parfois aussi souhaitable pour la personne qui signale. Cela peut épargner beaucoup de stress à une victime si une issue satisfaisante est trouvée par la médiation. Et si cela ne marche pas, je récapitule les options possibles et nous examinons ensemble quelles peuvent être les meilleures étapes suivantes. J’essaie de laisser autant que possible la maîtrise à la personne qui signale. »
N’avez-vous pas vous-même tendance à vouloir jouer les médiatrices ?
« C’est bien la première réaction humaine, l’idée de sortir les intéressés d’une situation pénible. Mais notre première responsabilité est l’accompagnement. Comme personne de confiance, nous devons aussi connaître nos limites. Nous ne sommes pas la police, nous ne sommes pas un juge de paix, nous ne faisons pas non plus de thérapie de couple. Notre tâche est d’indiquer à quelqu’un la bonne voie. C’est souvent déjà assez difficile. »
Sont-ce toujours des victimes qui s’adressent à vous ?
« Nous sommes disponibles pour toute personne concernée par des comportements abusifs. Cela peut être des victimes, des témoins, mais aussi des auteurs. Ou des personnes qui ne savent pas bien si elles ont franchi une limite. Il m’est déjà arrivé qu’une personne s’adresse à moi alors qu’elle était engagée dans une relation avec un autre sportif et que cette relation dérapait. Ce peut être quelqu’un qui a pris conscience de son propre comportement, qui le regrette et qui prend contact depuis cette position. Ou des personnes qui se manifestent dans un conflit où les deux parties portent une part de responsabilité : c’est loin d’être toujours tout noir ou tout blanc. Nous encourageons tous ceux qui hésitent, y compris sur leur propre comportement. Un premier entretien est toujours confidentiel. Même si vous portez cela depuis longtemps, dites-vous qu’il n’est jamais trop tard pour vous libérer d’un poids éventuel. Un entretien peut énormément aider quand on est resté bloqué dans sa tête. »
Tous les cas ne sont pas tout noir ou tout blanc, c’est exigeant. Quels autres défis se posent ?
« Il peut exister des blocages culturels qui empêchent d’aborder un sujet, comme la honte ou le sens de l’honneur. Par exemple dans la famille d’une victime ou d’un auteur. Cela peut empêcher des personnes de se défendre, et il faut y faire très attention. Ce qui peut aussi rendre une affaire complexe, c’est qu’une victime ou un auteur peut présenter un trouble du comportement, ou des capacités d’apprentissage limitées. Il est alors d’autant plus important de travailler sur mesure, y compris dans toute la communication avec les intéressés. »
Avez-vous appris tout cela lors de cette formation d’une journée ?
« La formation du NOC*NSF et du Centre pour un sport sûr est un bon début, mais personnellement je trouve qu’on n’en a pas fini pour autant. J’ai moi-même vite constaté que j’avais besoin de me former davantage, et j’ai donc décidé de poursuivre mon développement. Je me suis inscrite auprès de l’Institut national des personnes de confiance, et je suis désormais aussi personne de confiance certifiée.
Je peux par ailleurs utiliser le système CMSS, le système de gestion de dossiers du sport du Centre pour un sport sûr, avec lequel je collabore beaucoup. Notamment parce que j’y ai rencontré davantage de personnes chargées de ce type de responsabilités. On se constitue ainsi un réseau informel. Si j’ai moi-même besoin d’un conseil sur une affaire compliquée, je sais que je peux m’adresser à plusieurs personnes ayant une expérience comparable. Les intéressés restent d’ailleurs anonymes pour cette équipe également.
Je pense qu’il serait bon qu’il existe davantage de formations complémentaires, où des personnes de confiance de différents sports pourraient aussi échanger leurs expériences. Il me semble que tous ceux qui assument ce rôle sont volontiers disposés à partager leurs connaissances et à soutenir les autres. On m’a récemment demandé d’intervenir également comme personne de confiance pour la Fédération néerlandaise de boxe et d’y transmettre l’expérience acquise à l’Autorité des sports de combat. En tant que sports de combat, nous avons tout de même un peu joué un rôle de pionnier. »
Plus d’informations sur les questions de confiance sont disponibles ici. Vous y trouverez également les coordonnées de Saskia.